Sacrés Clown

 

Cette série se veut un dialogue.  En mettant côte à côte deux portraits, je souhaite que l’un fasse « dire » des choses à l’autre.
 
D’un côté, le visage non maquillé devient visage nu. Il met paradoxalement en évidence le pudique masque social.

Tout aussi paradoxalement, le visage maquillé se révèle comme un masque qui laisse affleurer une certaine intériorité.
 
C'est un dialogue qui souhaite questionner la dualité de l'être et du paraître.

 

Pourquoi photographier le clown ?

 

 

Le travail scénique d'acteur-clown, est intimement lié à la question de la condition humaine. Pour qui s'adonne à ce travail, il est quasi inévitable de passer à côté de la question de l'identité et celle de la dualité personne-personnage.

La personne est au service du jeu du personnage; L'ego s'avère matière aussi ludique qu'essentielle.

 


C'est ainsi qu' Henri Michaux parle du clown :


" J'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, mes semblables."

 

 

Qu'y a-t-il (qui ?) derrière ce maquillage ?

 

 

Loin d'être plaqué sur le visage, le maquillage tente d'ajourer l’intériorité de la personne. Il agit comme un masque (Le mot grec persona désignait le masque de l'acteur) : Il cache et révèle en même temps, faisant passer à "l'avant scène" une part de la personne qui disparaît habituellement sous la « figure » de la convention sociale.
 
Les traits qui structurent les formes de ces maquillages sont ceux qui se dessinent lorsque j'invite la personne à mettre son visage en mouvement pour exprimer diverses émotions. Ces traits vont constituer les contours du maquillage comme un masque. Ils s'appuient sur les lignes du visage comme sur des traits de caractère, au sens étymologique, "pour-trait" du portrait.
 
J’essaie avec ce maquillage, de mettre au second plan l'image que la personne souhaite donner au monde au travers de l'appareil photo.

 

Dialogue entre images, dialogue entre personnes.

 

 

Lors de la prise de vue, un autre dialogue s’instaure, entre la personne photographiée et moi.
 
La personne s’efforce en général de contrôler l’image qu’elle va donner.
 
Je laisse parfois passer du temps entre deux déclenchements. Ce dernier « travaille » et permet que des expressions inattendues surgissent, au-delà de cette maîtrise de la personne.
 
De mon côté, je suis attentif à la personne.
 
Parfois la personne se laisse dis-traire : grâce au nez et au  maquillage, elle s'autorise un jeu d'émotions et de grimaces. Je cherche à photographier cet espace de « je » où quelque chose d'essentiel de la personne affleure, que ce soit dans le portrait maquillé où pas. C'est finalement dans le choix des deux images à juxtaposer que je vais chercher le dialogue.

 

L’image peut-elle dissocier ce qui serait une essence de la personne, de son caractère ?

Comment quelque chose d’aussi impalpable que la singularité d’un individu peut-elle se manifester dans des formes telles que les traits d’un visage ?
 
 
 

Mettre un nez rouge pour faire rire