Quelle est la nature de la relation du clown au public ?

Il y a plusieurs écoles avec chacune ses particularités.

Peut-on définir cette relation, ses spécificités en la comparant avec le théâtre, le café théâtre, la musique, le cirque ?

Le clown est-il un art en soi que l'on peut comparer ainsi ?
Je tente le pari.

 
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  Au théâtre, il y a ce qui est appelé "le quatrième mur", qui est en fait un code qui établit que, pour les personnages, il y a un "mur" à la place du public. (On dit bien que les murs ont des oreilles !) Si le public se manifeste, arrive en retard, quitte la salle, la pièce poursuit son cours, comme si de rien n'était. Le regard des acteurs face à ce quatrième mur, ne croise, (sauf exceptions dans le théâtre moderne) jamais celui du spectateur. Il est plutôt dirigé vers la "ligne bleue des Vosges". Parfois, tel ou tel personnage, s'adresse au public pour une aparté ou un monologue. Mais c'est au public en tant qu'entité qu'il s'adresse,

A l'opéra, tout est encore plus codifié... et c'est la musique qui fait loi. La relation avec le public est davantage distanciée par la fosse d'orchestre. La relation entre la scène et le public est absorbée par la musique.

Le café théâtre semble se rapprocher davantage du clown. Il est apparu au milieu des années 60, époque où l'on essaie de faire tomber les barrières sociales. Le "quatrième mur" du théâtre devient davantage perméable. Les acteurs s'adressent souvent au public, la plupart du temps pour le prendre à témoin, avec une parole qui lui est directement adressée. A l'opposé du théâtre, où l'on feint d'ignorer le public, il s'agit ici d'établir un rapport de complicité, avec la volonté de mettre tout le monde sur le même pied. Je ne pense pas qu'il soit dû au hasard que le clown et le café théâtre aient en commun l'adresse directe au public et la recherche du rire. Mais la relation entre le personnage de café théâtre et son public est conviviale, pas forcément banale mais volontairement banalisée de façon générale. C'est là, la différence fondamentale avec le clown.
 
     

     
  Au cirque, dans les galas et dans les concerts - les lieux où l'on produit des numéros où des morceaux, on s'adresse généralement de façon directe et formelle au public ("Bonsoir mesdames..."). Magicien, dompteur, chanteur... dans leur forme classique, ne sont pas là pour faire vivre une fiction. En tant que personnages, ils n'ont pas d'épaisseur relationnelle à proprement parler, pas d'histoire (ils ne s'inscrivent pas dans un récit), pas d'état d'âme. Ce sont en fait plutôt des figures que des personnages. Pour le public, il également davantage question de se faire "embarquer" par la performances plutôt que par une fiction incarnée par des personnages. En fait, les artistes ne s'incarnent pas dans un personnage mais dans leur oeuvre. Le fildefériste fait corps avec son fil, la chanteuse avec sa musique ou son texte, le musicien avec son instrument. A la différence du théâtre, du café-théâtre et du clown, où le corps du personnage et celui de l'acteur se confondent et oeuvrent à la représentation de l'humain, les artistes de music hall utilisent une médiation qui détermine leur relation au public.

Mais revenons au clown. Il existe des approches différentes en matière de relation au public. Elles peuvent être inspirées du café théâtre, du théâtre, du music hall. Pour certains clowns, le public est un semblable, un être familier. Il peut être touché, embrassé, utilisé. On peut lui parler de façon tout à fait anodine. A l'opposé, d'autres clown considèrent le public avec étrangeté. Ils vont l'observer comme tel, se tenir à une certaine distance, lui parler comme s'ils n'étaient pas sûr d'être compris.
D'autres ne font cas de lui que s'il se manifeste, simplement en le regardant lorsque cela arrive. D'autres encore vont l'agresser en lui reprochant parfois de ne pas réagir correctement.
Derrière chaque clown il y a un acteur, parfois un metteur en scène ! C'est à ce niveau que se choisit - où pas - comment s'écrit la relation du clown au public, comment on souhaite représenter une relation d'humain à humain.
Dans tous les cas de figure, ce qui me semble commun à toutes les approches du clown c'est que le public est considéré comme présent. Que l'on s'adresse directement à lui comme les clowns proches du café théâtre, du cirque où du music hall, ou que l'on soit moins direct, dans,une écoute et une prise en compte de ses réactions plutôt que dans approche frontale.
 
     

     
  Mais ce qui me semble important, c'est que le comédien-clown soit à la fois autonome et à l'écoute du public. Dans le cas d'une représentation, il me semble essen tiel que le clown puisse percevoir les réactions du public et être atteint, que ces réactions puissent altérer son jeu afin que la représentation soit vivante.
Dans le cas d'une improvisation, que le clown puisse lire ces réactions comme autant de signes. Qu'il puisse, par cette écoute, appréhender l'histoire que le public voit défiler devant ses yeux. Il pourra ainsi jouer en conscience, avec ce qui se raconte.
 
     

Mettre un nez rouge pour faire rire