Julien, se lève, il regarde le point qu’il a choisi, fait quelques pas dans la direction. Je me lève de ma chaise. Julien continue comme s’il ne m’avait pas vu me lever. Je fais un bruit en claquant ma langue. J’appelle Julien comme on appelle quelqu’un pour le sortir de ses pensées. Le public rit. Julien s’arrête, et me regarde surpris que j’ai interrompu l’exercice qu’il faisait avec une belle application. Nouveaux rires. Je lui demande de terminer son pas. Il ne comprend pas. Je lui montre en lui demandant de mettre son pied arrière au même niveau que l’autre. Il le fait. Je lui demande s’il avait prévu que je me lève pendant qu’il traverserait la scène. Il semble surpris de la question. Rires. Je lui demande si ces rires étaient prévus. Il répond que non. Je lui demande, puisque ces rires n’étaient pas prévus de regarder d’où ils proviennent avec tout son visage. De regarder précisément les personnes qui rient. Il regarde mais son visage est à moitié dans l’axe des rires, comme s’il résistait à les recevoir pleinement. Je lui dit qu’il ne regarde pas complètement. Nouveaux rires. Il rit lui-même.

 

Le public ne rit plus. Julien regarde le public, il me regarde, comme s’il attendait une indication. Je lui demande s’il attend quelque chose. Il fait signe que non avec son visage. Rires. Il oublie de regarder les rires. Je siffle en montrant énergiquement l’origine des rires. il regarde. Je lui rappelle que lorsque l’incident est terminé, la consigne est de reprendre son chemin. Il y va.

 

 

L’incident qui surgit (sans prévenir) nous perturbe et l’on est tiré entre le présent et ce “futur” dans lequel on s’est installé.

 

 

L’objectif de cette nouvelle consigne est très important : il s’agit de se mettre au présent, de se rendre vraiment disponible à cet incident qui vient de se produire, le temps qu’il dure, et de retourner à son objectif lorsque cet incident est arrivé à son terme.

 

 

Cela prend tout son sens lorsqu’il s’agit des rires du public. Ces rires du public ne sont pas prévus, s’arrêter sur eux, se rendre disponible pour les recevoir pleinement, en mobilisant tout le visage pour y faire face. C’est cela qui va transformer ’”l’erreur” qui a fait surgir ces rires et lui donner une valeur nouvelle, un renversement de valeur.

 

Paradoxalement, on résiste, comme le fait Julien, à regarder ces rires car ils peuvent provoquer des émotions qu’on peut de ne pouvoir gérer.

 

 

C’est en fréquentant ces endroits où l’on est risible que l’on va petit à petit pouvoir en jouer, être acteur de l’imprévu, et faire croire qu’on en est le créateur. C’est cela pour moi la magie du clown.

 

 

La consigne suivante, apprend à gérer les placements à plusieurs : Les participants devront se placer en symétrie par rapport à l'axe central (post-it du milieu) et à égale distance les uns des autres.

 
     

 

 

Mettre un nez rouge pour faire rire